
Edito pour la Journée du Livre Politique 2009,
de Bernard Accoyer,
Président de l'Assemblée nationale.
« L’État, c’est moi », la phrase est fameuse. Elle ne dit pas tant l’absolutisme d’un roi tout puissant que l’avènement progressif et avéré, alors, d’un régime politique moderne : derrière le souverain, qui l’incarne, l’État, qui le dépasse.
« L’État, c’est moi » dit Louis XIV. « L’État, c’est nous ; l’État, c’est la France », pourrait-on répondre. L’État, ce fut l’Ancien Régime, la Révolution, l’Empire, la Restauration, le second Empire et toutes nos Républiques. Ce fut le meilleur de tous les régimes, au gré desquels il s’est affirmé et il a évolué. L’État, nous l’avons inventé, théorisé, pratiqué, refondé – cela depuis quatre ou cinq siècles. Une passion, oui, assurément.
Quand d’autres peuples – par tempérament ou par expérience – voient dans l’État une menace, c’est au contraire comme un gage d’impartialité, de neutralité, d’égalité et de justice qu’en France nous considérons et que nous aimons l’État. Mais l’État n’est plus ce qu’il était. Sans doute l’évolution est-elle dans sa nature même. Néanmoins : la contestation des États-Nations, la décentralisation, la construction européenne, la mondialisation, ont été autant de défis, si ce n’est d’épreuves, pour l’État dans sa définition classique. Au point que certains, souvenons-nous, ne lui voyaient plus grand avenir…
Puis voilà la crise, et déjà , ceux-là même qui le croyaient enterré, parlent du retour de l’État. Quel État ? Telle est, en effet, la question. Quel sera l’État – car il existera tant il est nécessaire – de la France de demain ? Gageons que notre pays, fort de son expérience pluriséculaire, sache répondre avec talent à cette « passionnante » question… politique !