Révélateur d'époque


Peu de points communs entre la loi Evin de 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme, celle de 1992 autorisant la ratification du Traité sur l’Union européenne, et la loi de 1997 portant réforme du service national. Et pourtant ces trois lois, que seule la chronologie rapproche, pointent du doigt les maux de la France d’aujourd’hui. Incontestablement, la première, prohibitive, bénéficie de la plus forte cote d’amour. Mais à y bien réfléchir cette interdiction ne fut-elle pas plutôt une libération? La loi Evin a donné un coup d’arrêt à cette fausse liberté autorisant, en tous lieux, à s’empoisonner ainsi que son environnement. Entre le faible et le fort la liberté opprime, la loi libère, prophétisait Lacordaire, la loi Evin en est une parfaite illustration .

Si le courage en politique peut consister à refuser de suivre le peuple, qu’est-ce qu’une démocratie qui serait contre ? En 1992, le «oui» l’emporte de justesse, justifiant la ratification du Traité de Maastricht par le législateur.

En 2005, le peuple questionné sur un projet de « Constitution européenne » vote « non ».

Deux ans plus tard, en ratifiant le « traité simplifié » de Lisbonne, le pouvoir fait l’exact contraire. Le peuple n’a-t-il raison que lorsqu’il dit ce que veulent ses dirigeants ?

Le service militaire était obsolète. Fallait-il, pour autant, rayer d’un trait de plume, par la loi de 1997, le service national, dernier lieu de brassage et d’intégration, sans chercher à l’adapter aux exigences citoyennes en pleine mutation? Le civisme peut-il être matière

à option? Non! On ne naît pas bon citoyen, on le devient ! C’est fort de cette conviction que les trois principaux candidats à l’élection présidentielle de 2002 s’engagèrent à proposer une loi établissant un service civi- que, laïc, gratuit, universel et donc obligatoire à l’exemple de celui de l’éducation. Espérons que cette promesse de campagne devienne à son tour l’une des lois phares de la décennie qui s’ouvre.

 

Dernier ouvrage paru: Manifeste pour un service civique obligatoire (Robert Laffont 2007)


Max Armanet,

directeur du développement de Libération