Éditorial de Vincent Beaufils,

Directeur de la Rédaction de Challenges.



Shortez le Rogoff !

 

Avez-vous lu le « Rogoff » ? Comment, vous n’avez pas consacré vos vacances de Toussaint au pavé de l’ancien économiste en chef du FMI, devenu un célébrissime  prof’ à Harvard ! C’est pourtant LE livre de référence de l’automne pour tout dirigeant souhaitant parader dans les dîners en ville. Sauf qu’il est parfaitement indigeste, et que ses 469 pages, où sont étudiées des centaines de crises sur plusieurs siècles, peuvent être résumées en deux phrases : les crises se suivent et se ressemblent, et donc sont prévisibles ; et le seuil de 90 % du PIB est la ligne jaune au-delà de laquelle le niveau d’endettement commence à poser de sérieux problèmes.

Pardon de ce crime de lèse-économiste, mais il est également possible de faire passer des messages en soignant l’écriture. A cet égard, en passant en revue l’impressionnante production de la littérature qui nous vient d’outre-Atlantique pour analyser la crise, le chef d’œuvre absolu est à mettre au crédit d’un journaliste – on ne se refait pas : The big short, signé par Michael Lewis, et très improprement traduit Le Casse du siècle (Editions Sonatine).

Plutôt que de faire le nième livre sur l’absence de régulation, l’avidité des opérateurs de marché ou l’irresponsabilité des banquiers centraux, Lewis raconte la crise financière avec les armes du scénariste de thriller. Ses héros ? Des personnages vrais, mais totalement inconnus : un analyste financier obsessionnel, un gérant de fonds autiste, un trader caractériel… Leur trait commun : avoir identifié très tôt la catastrophe, et « acheté des tickets bon marché pour assister à un drame financier ». Bref, l’histoire passionnante de quelques visionnaires qui se sont enrichis, mais ont aussi payé – psychologiquement - pour ne pas s’être trompés. Pour eux, aussi, la crise se révélera dévastatrice. Et pour nous, enfin, source de bonheurs de lecture.