Éditorial de Christian Noyer,

Gouverneur de la Banque de France

 


La crise dont nous sortons difficilement, impose une réflexion sur les fondements de l’analyse économique, particulièrement dans leurs implications sur les politiques publiques. Dans les années 1970, s’était ouvert une longue période de consolidation de la science économique après les grands débats de l’après-guerre. En août 2008, à la veille de la faillite de Lehman Brothers, Olivier Blanchard, professeur au MIT, avait ainsi pu constater à juste titre une assez large convergence des vues et des méthodologies en macroéconomie.

 

La crise a brutalement remis en cause cette confiance dans une science économique apaisée et à certains égards trop consensuelle. L’idée d’une efficience parfaite des marchés, qui sous-tend de nombreuses références théoriques et qui sous-entend que leur régulation est secondaire, n’a pas résisté à l’examen des mécanismes à l’origine de la crise. Paul Krugman a sans doute raison de dire que les économistes auraient souvent « confondu la beauté et la vérité » en se fondant sur des modèles d’une grande rigueur formelle mais aux hypothèses contestables, en fin de compte peu pertinents du point de vue des policy makers.

 

Cependant, retenons-nous de jeter le bébé avec l’eau du bain. La théorie économique a fourni des outils d’analyse pour comprendre la crise et lui trouver une réponse adéquate. Nous relisons aujourd’hui avec un intérêt renouvelé et un regard neuf Keynes, bien sûr, mais aussi Ricardo, Schumpeter et bien d’autres. Par ailleurs, les bases d’un renouveau de la science économique sont présentes, ce dont témoignent les travaux sur la rationalité des agents économiques, sur la formation des bulles ou sur les liens entre cycle et finance. La crise a été destructrice de lieux communs ; elle a aussi suscité une intense activité d’analyse théorique et d’économie appliquée comme l’illustrent les livres qui sont présentés durant cette journée.

 

La Banque de France participe activement à ce renouveau de la recherche, au travers de ses équipes d’économistes, de ses partenariats avec les écoles d’économie de Toulouse et de Paris, de ses liens avec de nombreuses universités et institutions en France et à l’étranger. Elle est aussi très soucieuse de pédagogie et d’explication. Sa participation à cette 12ème Journée du Livre d’Économie est une nouvelle illustration de sa volonté de contribuer à la diffusion au grand public de cette culture économique en mouvement.